Déjeuner dans le bosquet et portrait de famille

Déjeuner dans le bosquet et Portrait de famille se présente comme une composition picturale intimiste, qui propose une réflexion sur les rôles au sein de la famille. Chaque individu y apparaît comme un élément indispensable de l’ensemble, intégré à la peinture tel un danseur dans une chorégraphie. L’œuvre est construite à partir d’une série d’objets et de matériaux — vieilles casseroles en cuivre ou en laiton, toiles en cuir animal, rideaux — qui, disposés et peints, composent la scène de manière presque fractale, détournés de leur fonction première pour constituer un langage plastique. Le dispositif pictural est conçu de sorte que le spectateur ait l’impression de contempler, à travers plusieurs fenêtres, un moment suspendu : un fragment de réalité qui n’existe plus, ou qui semble appartenir à un autre espace-temps.
L’expression « les femmes en cuisine à la maison » continue de m’interpeller, tant elle résonne comme un écho archaïque, révélatrice d’un stéréotype profondément ancré. La cuisine, ou l’acte de cuisiner, n’est pas un geste silencieux ni réduit à un rôle unique dans le cadre domestique, il devient dans ce travail une métaphore des rôles imposés. Cet acte, vécu et partagé par l’ensemble du foyer, demeure pourtant encore socialement assigné au sexe féminin et invisibilisé. À travers ce dispositif pictural, je cherche à témoigner du chaos de la vie et de la mort, entre gestes ordinaires et mémoire collective. La peinture s’affirme alors comme une mise en scène dans la mise en scène, où l’intention est de rassembler, dans une seule image, ce qui demeure fragmenté dans la réalité.
Mon processus créatif s’inspire notamment de celui de Beatriz González et de ses œuvres Telón de la móvil y cambiante naturaleza (1978) et Sun-Maid Girl (1974), où l’artiste détourne des icônes artistiques et des images populaires pour interroger leur passage à travers les filtres de la marchandisation avant d’atteindre le grand public. Je trouve également une source d’inspiration et réinterprétation dans l’œuvre inachevée de Claude Monet, Le déjeuner sur l’herbe (1865). Je prends certains éléments de cette dernière pour composer mon tableau — les douze personnages, l’animal de compagnie en témoin silencieux, la nourriture comme symbole vital, le tout dans une scène bucolique de la bourgeoisie française du XIXème siècle — mon travail cherche à subvertir cette idée, tout en la ré-interprétant à la lumière de mon bagage culturel et de mon expérience personnelle.















